Pierre Lapointe est un « A » et la classification des artistes-vedettes québécois

En entrevue à Tout le Monde en parle dimanche 24 avril 2016, l’auteur-compositeur-interprète devenu animateur Pierre Lapointe a critiqué vivement et à coups de « tabarnak! » ce qu’il considère comme une télévision qui ne fait pas assez de place aux artistes de la relève: ICI Radio-Canada. Pierre Lapointe introduit alors une classification des artistes-vedettes à la radio d’État. Il y aurait des artistes « A » comme lui et des artistes « C » comme certains des artistes qu’il a tenté de promouvoir à son émission retirée des ondes, Stéréo Pop.

La classification des artistes avait aussi fait jaser lorsque Christiane Charette en avait fait mention à son émission 125 Marianne. Ce n’est donc pas une invention de Lapointe, toute cette affaires-là de classes d’artistes auprès des médias québécois.

Selon son site Web, le mandat de CBC / ICI Radio-Canada est le suivant:

En tant que radiodiffuseur public national du Canada, CBC/Radio-Canada a pour mandat d’aider les Canadiens à se comprendre et à s’apprécier mutuellement dans un contexte national et international. Les Canadiens se tournent naturellement vers leur radiodiffuseur public national pour participer activement à l’expérience canadienne. (…)

De plus, dans un document stratégique de l’organisme public, on peut lire les objectifs que CBC / ICI Radio-Canada se donna pour les prochaines années. Ces objectifs, pour la catégorie « Arts et divertissement » sont réunis dans un tableau fort éclairant:

cbc-radio-canada

On y note des objectifs pour le service français:

  1. Investir stratégiquement dans les séries de fiction.
  2. Développer un volet de programmation à valeur événementielle en utilisant la télévision comme locomotive.
  3. Affirmer ICI ARTV comme partenaire « culture et variétés » prépondérant dans le cadre de la stratégie multiécran du groupe Radio-Canada.
  4. Soutenir et propulser la performance d’ICI EXPLORA avec un œil particulier sur l’intégration multiplateforme et la recherche de contenus inusités.
  5. Explorer de nouveaux partenariats en programmation jeunesse.
  6. Offrir une programmation forte et attrayante, tant en mode gratuit qu’aux abonnés d’ICI Tou.tv EXTRA.
  7. Mettre en place les initiatives de la stratégie littéraire
    multiplateforme.

Je souligne : « Offrir une programmation forte et attrayante ».

Le plan stratégique de RadioCan est marqué par une forte influence du numérique dans la planification de l’organisme, comme le répète ad nauseam la ministre du Patrimoine canadien, l’honorable Mélanie Joly en entrevue.

Le plan de Radio-Candenas, qui comporte des graphiques et des tableaux très éclairants sur l’avenir de la télévision à l’ère du numérique, ne fait pas mention de la place des artistes dans ce diffuseur. Elle n’indique pas clairement de mode de classification des artistes de la relève.

Contrairement, par exemple, à Youtube qui considère tous les artistes comme des « content creators » (créateurs de contenu) et qui leur laisse une place quasi non-censurée, ICI Radio-Canada a l’habitude de traiter l’artiste comme un invité à qui ont donne un droit de parole. Ainsi, le diffuseur m’apparaît potentiellement élitiste. Son histoire nous montre pourtant paradoxalement que Radio-Canada a su faire place à des artistes émergeants populaires (pop) et les mettre au monde dans le paysage culturel canadien. Il me semble donc difficile d’établir avec clarté la manière dont ICI Radio-Canada traite l’artiste émergeant ou « de la relève » dans sa programmation. Je dirais qu’il y a un flou. Je fais l’hypothèse, qu’en ne donnant pas de statut particulier à la relève, ICI élimine le besoin de rendre des comptes en rapport avec elle.

C’est un peu comme si on ignorait un regroupement d’artistes de classe « C », « D » ou « E » parce qu’ils n’ont pas encore de nom. On ne les a pas nommé autrement qu’en leur donnant un score.

Cette manière de faire me semble toute politique et je la trouve suspecte.

D’un point de vue psychanalytique, si tu n’as pas de nom, je ne peux pas te nommer, donc je ne peux pas t’attribuer de sens. Je pense que les philosophes seraient d’accord avec moi: nommer est un geste civilisé qui permet le dialogue.

En réduisant l’artiste de la relève à son score, on le dépersonnalise. On l’élimine de la joute politique.

Je trouve cette démarche nuisible à l’économie culturelle. Les artistes de la relève sont ceux qui pousse l’avant-garde. Ce sont eux qui permettent aussi de ce fait l’émergence de tendances futures.

On est en train de se tirer dans le pied. À moins que ce ne soit une manœuvre politique pour taire la relève québécoise?

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