Le nihilisme est-il le propos central du hip hop québécois actuel?

J’écoute beaucoup de hip hop québécois depuis quelques temps: Dead Obies, Loud Lary Adjust, Alaclair Ensemble, RYMZ, Koriass… Ça n’a rien de bien original de ma part. J’écoute ce que tout le monde écoute.

J’ai écouté avec attention leurs textes et ce qui ressort de tout cela (au-delà du franglais dont je me contrefous), c’est une sorte de mal-être généralisé et de besoin d’évasion (par l’argent, la drogue, le sexe, l’amour ou la célébrité).

Plusieurs textes font référence au mal de vivre, à la prise de drogue et d’alcool et à des échappatoires mentaux comme des poètes ou des ancêtres vers qui on se tourne pour donner du sens à sa vie.

Les enchaînements très réussis de verses font essentiellement référence à : « prend-moi au sérieux », « on est la référence », « notre mode de vie c’est ceci » et « je souffre, mais je me gèle avec XYZ ».

Quelques rares textes sont des analyses sociologiques bien basic sur la génération Y qu’on décrit comme:

  • En besoin de fêter;
  • En quête de référence;
  • Malheureuse de son destin…

La notion générale d’un destin qui ne mène à rien transparaît dans une majorité de textes selon moi.

J’en sors un peu déçu. Je m’attendais à tomber sur des textes plus profonds, mais non. Le rap keb que j’ai écouté m’a semblé plutôt divertissant, mais sans signification. Bien rythmé et mélodieux, mais faible au sens de la valeur des textes.

Je pense que c’est systématique d’une génération Y en perte de repère et devenue nihiliste.

Ce n’est pas pas la première fois que je remarque le côté nihiliste de ma génération. Dans une analyse des tendances pour un client, j’ai récemment proposé que les tons de gris et les symboles nihilistes étaient à la mode présentement chez les 18-35 ans. Bien entendu, la recherche était plus creuse que cela, mais disons que ça se résumait à un néo-gothisme assez présent.

Je sais bien que le gothique ce n’est pas nouveau dans l’art… Pourtant, je le vois partout chez les jeunes via des expressions d’un néo-gothisme/nihilisme profond. Que ce soit les tatouages, les logos ou les vêtements (ou la musique qui les inspire), le nihilisme transparaît de cette génération qui est la mienne.

Je ne veux pas généraliser, mais je pose la question: le nihilisme est-il le thème central du hip hop québécois actuel?

Quelques exemples pour soutenir ma thèse:

  • L’idée du « $ud $ale » des Dead Obies, cet espace de ghettoïsation de la jeunesse de banlieue, qui vient avec des problèmes sociaux;
  • Ce verse de Loud Lary Adjust : « On s’explose / Comme Kurt Cobain » (référence claire au suicide);
  • Les monologues déprimants « Hate suprême » entre les pistes de Love Suprême de Koriass, #5: « Tu l’auras jamais ce que tu veux… »
  • Alaclair Ensemble qui se voit mal faire plus de 40 000$ par année (sorte de dead end financier pour les artistes québécois qui font du hip hop);
  • RYMZ: « Je pleure des larmes de chrome. »

À vous de voir, je ne suis pas un expert… Tout ce que je sais, c’est que les jeunes québécois se reconnaissent là-dedans.

Ceci dit, ça c’est dope:

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