Marketing politique : Donald J. Trump et l’inconscient collectif québécois

L’étonnante popularité du phénomène Donald J. Trump chez nos voisins du sud pourrait s’expliquer en partie par l’intérêt historique de la population des États-Unis pour les vedettes qui passent à la télévision, l’appauvrissement de la classe moyenne « blanche » et l’effet polarisateur que le personnage suscite sur les médias sociaux.

De notre côté de la frontière, c’est différent. Selon le sondage Léger, Journal de Montréal et LeDevoir:

Les Canadiens, toutes provinces confondues, sont nombreux à rejeter les politiques anti-immigration et les discours incendiaires de Trump. 70% d’entre eux ont une mauvaise opinion de lui et 65% craignent qu’il devienne président.

Je ne trouve pas, au Québec, de ressemblance entre The Donald et tout autre personnage historique ou folklorique québécois. Nous n’avons pas, à mon estime, de comparable historique. Trump nous est extra-terrestre, nouveau et donc en ce sens séduisant à prime abord.

Donald J. Trump n’est pas l’image du « bon catholique »

Trump ne ressemble pas au canadien-français-bon-catholique-et-défricheur traditionnel que j’ai dépeint caricaturalement dans ma conférence « Vendre au Québec: Comprendre l’inconscient collectif québécois »:

Le politicien qui dit pourtant que la Bible est son livre préféré ne cadre pas dans l’imaginaire populaire québécois comme ce qu’on définirait ici comme un « bon catholique ». L’homme est riche. Il revendique le titre de multimilliardaire. Cependant, les Québécois, c’est bien connu, ont censuré la richesse de leur vocabulaire pendant leur oppression et il reste des bribes de cela de nos jours. Souvenons-nous de la fameuse expression:

Je suis né pour un petit pain.

Puis, Trump n’est pas non plus l’avare qu’on imagine torturer psychologiquement sa femme dans Un homme et son péché (Claude-Henri Grignon, 1933). On se le raconte plutôt comme un être cérébral d’un côté et clownesque de l’autre. À ce titre, l’homme d’affaires cadre inconfortablement dans l’imaginaire collectif du Québécois.

Les Québécois aiment « faire des faces »

Avec ses drôles de faces, D. Trump pourrait même être associé maladroitement à la caricature des fêtards que nous ont légués des artistes québécois sur certains bas-reliefs… En fait, Trump cadre relativement bien dans l’expression ancienne « faire des faces » (grimacer pour amuser les enfants). Cette expression du temps évoque le côté théâtral et sentimental puissant du peuple du Québec. On sous-estime vraiment à quel point les Québécois aiment la farce. Juste pour rire est un immense succès ici.

Le Québec déteste « la chicane »

Mais le discours à lui seul de Mister Trump est insupportable aux oreilles collectivistes et « sans permission de chicane » des Québécois.

Bien entendu, les trolls Internet sur Twitter s’amusent à le citer, le corriger et lui répondre. On aime peut-être au fond de nous-mêmes ce qu’il représente d’anticonformiste et de non politiquement correct.

Ceci dit, imaginez un peu la rencontre improbable entre Donald Trump et Justin Trudeau.

SOURCES

Sondage Léger JdeM-Le Devoir : les Canadiens appuient Hillary Clinton et rejettent Donald Trump (LeDevoir, 2016)

Trump: My Favorite Book Is « The Bible! »; Second Is « Art Of The Deal »

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