Une recette miracle pour faire plus d’argent et pourrir la planète

Tous les livres sérieux écrits sur le thème du capitalisme vous le diront: si vous voulez faire plus d’argent facilement, exploitez des ressources naturelles, collectives et humaines et externalisez vos coûts pour maximiser vos profits. Exploitez, rejetez des coûts sociaux et environnementaux et vous deviendrez riche!

…Mais vous êtes sans doute comme moi: vous avez un minimum de sens éthique et vous refusez d’exploiter vos semblables. L’idée même d’exploiter des gens naïfs m’angoisse. J’imagine que j’ai un complexe, parce que j’ai une angoisse irrationnelle derrière tout cela. Ça me pue au nez.

Même si je préfère le modèle de la coopérative à celle de la corporation, je ne peux m’empêcher de me trouver stupide de ne pas emboîter le pas moi aussi et d’exploiter des ressources humaines. Je n’y arrive pas. C’est dans ma génétique, on dirait.

Je suis le genre de manager qui travaille comme un facilitateur. Je suis un coach d’affaires et comme le nom le dit, j’aime être entraîneur. Je préfère motiver que démotiver, c’est dans ma nature profonde.

Pourtant, je sais très bien qu’on peut démotiver des consommateurs, augmenter fortement leurs attentes et les remotiver ensuite pour augmenter notre marge de profit et faire plus d’argent. Il est plus facile de vendre des crèmes de beauté à des femmes névrosées qui se trouvent moches.

On peut aussi forcer des employés à travailler en les boostant d’antidépresseurs et d’amphétamines… N’allez pas croire que des entreprises ne l’ont pas déjà essayé! Si le sujet des drogues pour augmenter la productivité vous intéresse, consultez donc cet article sur le captagon, la drogue des troupes de l’État Islamique:

Je sais aussi que je serais bien mieux de déléguer certaines de mes tâches répétitives et ennuyeuses à d’autres, mais je ne le fais pas. Au lieu de cela, je combine des tâches.

Le monde tourne autour de l’argent et toutes les géantes corporations externalisent leurs coûts et exploitent de la main d’oeuvre. Seules quelques exceptions comme Costco, que je suis de près, me semble avoir dans son ADN de marque de respecter au maximum ses employés. Virgin aussi me vient en tête quand je pense à l’exploitation respectueuse des employés.

Il y a quelques années, une manufacture de vêtements au Bangladesh s’est écroulée sur ses employés déjà sous-payés, causant des morts. Les reportages que j’ai lu sur cette usine indiquaient que les matériaux constituant l’immeuble étaient très cheap. En fait, on avait construit cette usine à si faible coût qu’elle s’était effondrée. Il faut le faire, quand même!

Je n’aime pas l’attitude de certains ultracapitalistes qui se vantent d’avoir beaucoup d’argent alors que leurs revenus proviennent de l’exploitation de travailleurs cheap labor, combiné avec l’utilisation non-éthique des paradis fiscaux. Parfois, ces entrepreneurs ont de grosses fondations et ils se présentent comme philanthropes pour faire de l’évasion fiscale légalement et payer moins d’impôt.

Ce qui me pue au nez aussi, c’est de voir qu’à Montréal, on évalue à 3000 personnes le nombre d’itinérants dans la ville et que pendant ce temps-là, on jette des légumes moches aux poubelles dans les épiceries pour garder impeccable l’illusion de valeur des produits frais et beaux. 3000 personnes mangeant à peine à leur faim, gagnent moins de 19 000$ par année, vivent dans la rue et on ne se donne pas la peine de les nourrir convenablement avec ce qu’on aurait de toute façon jeté à la poubelle. Wow! Quelle société proactive et bien gérée.

Il y a des aberrations dans notre monde, c’est terrible, comme cette idée qu’il faut maintenir un taux de chômage à environ 5% si on veut assurer un bon roulement de l’économie. You’re joking, right? Et oui, vous avez bien entendu, des économistes prétendent qu’un taux de chômage trop bas est nuisible à l’économie.

J’ai beau m’indigner sur le blogue, ça ne changera rien. Mon maire ne m’écoutera pas. Mon député ne m’écoutera pas.

J’ai calculé récemment que si on transformait mon église de quartier en logement social, on pourrait loger 50 personnes. L’église est vide 90% du temps. Il manque de lits pour les itinérants dans la ville de Québec. Allô!?

Un jour, je vais me soigner comme on dit et je vais moi aussi exploiter des gens. C’est infaillible. Le système nous pousse à cela si on veut rester compétitif comme grande entreprise…

SOURCES

L’encerclement – La démocratie dans les filets du néolibéralisme (Richard Brouillette, 2008)

What You Need To Know About Captagon, The Drug Of Choice In War-Torn Syria (Forbes, 2015)

3000 sans-abri à Montréal (ICI Radio-Canada, 2015)

Si vous aimez ce billet, vous aimerez aussi:

Le dilemme du client anxieux qui ne veut plus de relation avec l’entreprise

Comment j’ai fait plus de vente en réduisant mon rythme de production

Vous aurez compris que ce texte était plein d’ironie.

Publicités